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Rentabilité d'un institut de beauté : ce que rapporte l'heure de cabine

EBE médian d'un institut : 12 % du CA. Panier moyen 75 €, coût réel de l'heure de cabine, marge par famille de soins et leviers de remplissage.

MB
Mehdi Boucheta
· 17 septembre 2026· 13 min

Un institut de beauté dégage environ 12 % de son chiffre d'affaires en excédent brut d'exploitation. C'est le ratio médian relevé par le cabinet ADMA Expertise sur le code NAF 9602B en 2023, et Qonto encadre le même ordre de grandeur — 8 à 15 % — dans son guide de janvier 2026. Sur un institut à 150 000 € de CA, cela fait 18 000 € par an pour payer le matériel, l'emprunt et, très souvent, la gérante elle-même.

Le même institut affiche pourtant une marge brute de 90 % du chiffre d'affaires, toujours selon ADMA. Entre 90 % et 12 %, il ne s'est rien perdu de mystérieux : la structure a tout mangé. Et c'est là que se joue la rentabilité d'un institut de beauté — pas dans le prix de la crème, mais dans le nombre d'heures de cabine réellement vendues.

Le chiffre d'affaires moyen du secteur cache deux métiers différents

Le rapport de branche Esthétique publié par la CNAIB en 2025 sur les données 2023 donne les seuls chiffres solides disponibles. Les 15 300 entreprises de la branche employant au moins un salarié ont généré 3,75 milliards d'euros HT en 2023. Sur ce total, 61,5 % proviennent des 14 590 entreprises d'esthétique-cosmétique de 1 à 9 salariés : cela donne un chiffre d'affaires moyen d'environ 158 000 € par entreprise. Les 600 structures de 10 salariés et plus — chaînes et réseaux — pèsent 36 % du gâteau, soit 2,25 M€ chacune en moyenne.

Et à côté, il y a l'autre monde. Le même rapport chiffre à 50 000 € le chiffre d'affaires moyen généré en 2023 par les entreprises d'esthétique n'employant aucun salarié. Trois fois moins. Ces structures sont aussi, de loin, les plus nombreuses : sur le seul code NAF 9602B, l'INSEE dénombrait 82 116 entreprises sans salarié en 2023 contre 43 127 en 2019 — un décompte que la CNAIB reprend en signalant elle-même sa volatilité, une auto-entreprise dormante pesant autant qu'un institut dans ce comptage. La tendance, elle, ne fait pas débat : le nombre d'immatriculations a quasiment doublé en quatre ans pendant que le chiffre d'affaires du panel d'instituts suivi par Xerfi progressait de 1,2 % en 2023.

C'est la mécanique de fond du secteur : un marché qui stagne, des entrants qui affluent, et une pression sur les prix qui finit dans les comptes. Altares comptait 640 défaillances chez les coiffeurs et les professionnels des soins de beauté et corporels au premier trimestre 2026, en hausse de 14,3 % sur un an, dans un ensemble « services aux particuliers » à +16,6 %.

La marge brute à 90 %, le mensonge comptable du secteur

Un institut achète peu. Une crème de soin, de la cire, des consommables à usage unique : 10 % du chiffre d'affaires en achats consommés, revente de produits comprise. D'où cette marge brute à 90 % qui rassure tout le monde et n'apprend rien. Comparée aux 30 % d'un commerce de détail, elle donne l'illusion d'une machine à cash.

Le reste du compte de résultat corrige vite. Toujours d'après les ratios médians ADMA pour le NAF 9602B en 2023, les charges externes — loyer, énergie, assurances, logiciel de réservation, comptable, blanchisserie — absorbent 33 % du chiffre d'affaires, et les charges de personnel 40 %. La valeur ajoutée tombe à 57 %, l'EBE à 12 %. Le rapport de branche CNAIB confirme l'ordre de grandeur côté salaires : 1,32 milliard d'euros de masse salariale brute pour 3,75 milliards de CA, soit 35 % du chiffre d'affaires en salaires bruts, avant charges patronales.

La matière première d'un institut n'est pas le produit, c'est le temps. Tant que vous raisonnez en taux de marge sur les consommables, vous pilotez dix points de chiffre d'affaires et vous laissez filer les soixante-dix-huit autres — charges externes, personnel, impôts et taxes. Le bon calcul, c'est le coût de revient horaire, pas le taux de marque sur un pot de crème.

Ce que coûte réellement une heure de cabine

Prenez un institut deux cabines : la gérante et une esthéticienne, 47 semaines travaillées, 75 heures de présence cumulées par semaine, soit 3 525 heures de présence dans l'année. Avec un panier moyen de 75 € par visite — le chiffre 2024 repris par Qonto dans son guide de janvier 2026 — et une visite moyenne d'environ 50 minutes, 150 000 € de chiffre d'affaires représentent 2 000 visites et 1 650 heures de cabine vendues. Remplissage : 47 %.

Les charges hors consommables pèsent 117 000 € (49 500 € de charges externes, 60 000 € de personnel, 7 500 € d'impôts et taxes). Rapportées aux heures vendues, elles reviennent à 71 € par heure vendue, quand cette heure se facture 90 €. Il reste une vingtaine d'euros de l'heure, moins 9 € de consommables : environ 11 € par heure de cabine, soit les 18 000 € d'EBE. Tout se recoupe.

Ce seuil de 71 €, la plupart des gérantes ne l'ont jamais calculé. Il ne dit pas quel soin est rentable en soi : il dit à partir de quel tarif horaire une prestation cesse de coûter de l'argent à la structure. Et il bouge avec le remplissage — à 65 % de cabines occupées, il tombe à 51 €.

Marge horaire par famille de prestations

Croisons le poids réel de chaque famille dans le chiffre d'affaires de la branche en 2023 (rapport CNAIB, enquête Xerfi Specific, entreprises employant au moins un salarié) avec les fourchettes de prix et de durée couramment pratiquées en institut en 2025-2026. Les deux colonnes du milieu décrivent des pratiques de marché, pas une statistique publiée ; la dernière est leur simple division, et c'est la seule qui compte.

Famille de prestationsPart du CA de la branchePrix courantTemps de cabineCA par heure de cabine
Épilation à la cire20 %10-35 €10-30 min50-65 €
Soins du visage16 %35-120 €30-90 min60-90 €
Soins du corps manuels13,5 %30-80 €30-60 min55-80 €
Stylisme ongulaire9,5 %25-80 €45-90 min30-55 €
Soins du corps technologiques8,5 %60-90 €45-60 min70-110 €
Épilation à la lumière pulsée6 %forfait par zone15-30 minplus de 100 €, machine à amortir
Revente cosmétiques et parfums10 %—0 minhors cabine

L'épilation à la cire est le premier poste de chiffre d'affaires du secteur et tourne autour de 60 € de l'heure de cabine : socle de fréquentation, pas socle de marge. Elle attire, elle fidélise, elle sature le planning sans le payer. Le stylisme ongulaire est pire, et c'est contre-intuitif : une pose gel à 60 € semble un beau ticket, mais elle immobilise une heure trente, soit 40 € de l'heure — sous le seuil de 71 €. Beaucoup d'instituts ont ajouté l'onglerie pour « augmenter le CA » et ont dégradé leur marge horaire.

À l'inverse, les soins du corps technologiques et les soins du visage haut de gamme tiennent 70 à 110 € de l'heure. Ils supposent un investissement : dans le budget d'ouverture chiffré par Qonto en janvier 2026, le poste « équipement et matériel » pèse 5 000 à 15 000 € sur un total de 20 000 à 70 000 €. Prenez le haut de cette fourchette pour une cabine technologique : 15 000 € amortis sur cinq ans coûtent 3 000 € par an, soit 250 € par mois — moins de quatre séances mensuelles à 75 €. L'amortissement n'est jamais le problème ; le problème, c'est l'appareil acheté sans plan de remplissage, qui dort dans la cabine trois heures par semaine.

Lumière pulsée : l'échéance de septembre 2027

Le décret n° 2024-470 du 24 mai 2024 a mis fin au monopole médical sur l'épilation à la lumière pulsée intense et au laser à visée non thérapeutique, et l'arrêté du 19 février 2025 en a fixé la formation socle obligatoire pour les titulaires d'un CAP esthétique ou équivalent : 2,5 jours pour la seule lumière pulsée, 4 jours pour le seul laser, 5 jours pour les deux, complétés d'une journée de premiers secours. L'arrêté du 11 août 2026 a remplacé le délai initial de dix-huit mois par une date ferme, le 1er septembre 2027, pour la mise en conformité des professionnels déjà en exercice. Six pour cent du chiffre d'affaires de la branche dépendent de cette autorisation.

Le mix, pas le talent, explique l'écart de 50 000 € à 158 000 €

Le rapport de branche donne la répartition du chiffre d'affaires séparément pour les instituts sans salarié et pour l'ensemble des entreprises d'esthétique-cosmétique qui emploient. La comparaison est le diagnostic le plus dur du secteur.

Répartition du CA 2023Institut sans salariéInstitut employeur
Épilation à la cire29 %20 %
Soins du visage22,5 %16 %
Soins du corps manuels15,5 %13,5 %
Stylisme ongulaire5 %9,5 %
Soins du corps technologiques2 %8,5 %
Épilation à la lumière pulsée3,5 %6 %
Revente cosmétiques et parfums12,5 %10 %

L'institut solo fait 29 % de son chiffre d'affaires sur l'épilation à la cire, la prestation la moins payante à l'heure, et 2 % sur les soins technologiques, la plus payante. L'institut employeur a inversé le curseur. Les 108 000 € qui séparent le CA moyen d'un solo de celui d'une entreprise de 1 à 9 salariés ne viennent pas d'une clientèle plus riche : ils viennent d'heures de cabine mieux vendues et d'une amplitude d'ouverture plus large, main-d'œuvre supplémentaire comprise.

Une nuance au crédit des solos : ils vendent proportionnellement plus de produits, 12,5 % contre 10 %. C'est le bon réflexe, la revente étant la seule ligne du compte de résultat qui rapporte sans consommer une minute de cabine.

Un institut deux cabines qui passe de 47 % à 60 % de remplissage

Le même institut, treize points de remplissage en plus

Situation de départ — 150 000 € de CA HT, deux personnes en cabine

  • Heures de présence : 3 525 h · heures vendues : 1 650 h · remplissage 47 %
  • Achats consommés (10 %) : 15 000 €
  • Charges externes (33 %) : 49 500 €
  • Charges de personnel (40 %) : 60 000 €
  • Impôts et taxes (5 %) : 7 500 €
  • EBE : 18 000 €, soit 12 % du CA

Même équipe, mêmes tarifs, remplissage porté à 60 % — 2 115 heures vendues, environ 1,7 heure de plus par jour à deux.

  • CA : 2 115 h × 90 € = 190 000 €
  • Achats consommés : 19 000 €
  • Charges externes : 52 500 € (+3 000 € d'énergie, blanchisserie et commissions de réservation)
  • Personnel et taxes : inchangés, 67 500 €
  • EBE : 51 000 €, soit 27 % du CA

Le chiffre d'affaires progresse de 27 %, l'EBE est multiplié par 2,8. Le coût de structure par heure vendue tombe de 71 € à 57 €. Aucun prix n'a bougé, personne n'a été embauché.

C'est la signature des activités à charges fixes dominantes : chaque heure vendue au-delà du point mort tombe presque entièrement en résultat. D'où l'intérêt de calculer son seuil de rentabilité en heures de cabine, pas seulement en euros de chiffre d'affaires.

Les leviers, dans l'ordre où ils paient

Le remplissage des heures creuses vient en premier, parce qu'il est gratuit. Le mardi 14 h coûte le même loyer que le samedi 11 h ; la seule question est de savoir s'il rapporte quelque chose. Une prestation vendue 45 € sur un créneau structurellement vide améliore le résultat, même sous le coût horaire moyen, puisque la structure est déjà payée. Le piège consiste à étendre la remise aux samedis et aux fins de journée, où la demande existe : là, vous ne remplissez rien, vous bradez.

La revente arrive ensuite. Elle pèse 10 % du chiffre d'affaires de la branche ; la porter à 15 % sur un institut à 150 000 € ajoute 7 500 € de CA sans une minute de cabine supplémentaire. Cela suppose un linéaire visible, une prescription en fin de soin et un stock tenu — pas une vitrine poussiéreuse.

Les cures et abonnements agissent sur deux fronts : ils encaissent d'avance, ce qui soulage la trésorerie, et surtout ils réservent des créneaux à l'avance, donc ils remplissent. Un forfait six séances de soin du corps technologique verrouille six heures de cabine. C'est un instrument de planning déguisé en offre commerciale.

Le prix vient en dernier, parce qu'il est le plus risqué à manier sans les trois précédents. L'avenant n° 43 du 22 janvier 2026 à la convention collective esthétique-cosmétique, étendu par arrêté du 18 mai 2026 et applicable depuis le 1er juin, a relevé les minima de 1,83 % en moyenne ; les deux premiers coefficients de la grille (1 848 € et 1 861 € bruts) restent malgré tout sous le SMIC mensuel brut porté à 1 867,02 € au 1er juin 2026, c'est donc le SMIC qui fait plancher. Vos coûts montent chaque année. Un institut qui n'a pas bougé ses tarifs depuis trois ans a déjà perdu des points de marge, sans décision.

Le vrai signal d'alerte : la gérante ne se paie pas

L'enquête menée par Les Nouvelles Esthétiques auprès de 500 esthéticiennes à leur compte donne le chiffre le plus révélateur du secteur : une gérante d'institut se verse en moyenne 1 410 € par mois, 28,2 % d'entre elles se versent moins de 1 000 € et 56 % gagnent moins que le SMIC. Plus de la moitié travaillent seules, pour une quarantaine d'heures hebdomadaires en cabine.

Rapprochez ce chiffre du modèle plus haut. Un EBE de 18 000 € sur un institut à 150 000 € de CA, c'est 1 500 € par mois — avant amortissements et intérêts d'emprunt. Les deux sources, indépendantes, disent la même chose : dans un institut moyen, l'excédent d'exploitation et la rémunération du dirigeant sont le même argent. Tant que le remplissage n'a pas dépassé 55-60 %, la gérante est la variable d'ajustement.

Suivez deux chiffres chaque semaine dans votre tableau de bord : le taux de remplissage des cabines, qui doit tendre vers 60 %, et le chiffre d'affaires par heure de cabine occupée, qui doit rester nettement au-dessus de votre coût horaire de structure. Le reste en découle. Et si le projet n'a pas encore ouvert, ce sont ces deux courbes qu'un banquier attend dans un business plan d'institut de beauté, pas une moyenne sectorielle recopiée.

Sources

  1. Rapport de branche Esthétique 2024 (données 2023) — CNAIB — enquête Xerfi Specific, 2025.
  2. Les ratios financiers d'un salon de beauté (médianes nationales, NAF 9602B) — ADMA Expertise, 2023.
  3. Défaillances d'entreprises en France — 1er trimestre 2026 — Altares, 2026.
  4. Quel est le salaire d'une gérante d'institut de beauté ? — Les Nouvelles Esthétiques, 2024.
  5. Guide pour ouvrir un institut de beauté rentable en 2026 — Qonto, 2026.
  6. Arrêté du 11 août 2026 modifiant l'arrêté du 19 février 2025 relatif à la formation obligatoire pour l'épilation à la lumière pulsée intense ou au laser à visée non thérapeutique — Légifrance, 2026.

Questions fréquentes

Quelle est la rentabilité d'un institut de beauté ?
L'excédent brut d'exploitation médian se situe autour de 12 % du chiffre d'affaires selon les ratios ADMA Expertise 2023 pour le code NAF 9602B ; Qonto retient une fourchette de 8 à 15 % dans son guide de janvier 2026. Sur un institut à 150 000 € de CA, 12 % représentent 18 000 € par an, avant amortissement du matériel, remboursement d'emprunt et rémunération d'une gérante travailleur non salarié. La rentabilité nette dépend donc presque entièrement du taux de remplissage des cabines.
Pourquoi mon institut de beauté n'a-t-il pas assez de marge ?
Parce que la marge se mesure à l'heure de cabine, pas au produit. Un institut à 90 % de marge brute peut perdre de l'argent si ses cabines tournent à 45 % : les charges externes (33 % du CA) et de personnel (40 %) sont fixes et se répartissent sur les heures réellement vendues. À 47 % de remplissage, chaque heure vendue doit rapporter plus de 70 € juste pour couvrir la structure.
Quels sont les soins esthétiques les plus rentables ?
Rapportés à l'heure de cabine, les soins du corps technologiques (minceur, radiofréquence, LPG) dégagent 70 à 110 € de l'heure et les soins du visage 60 à 90 €, contre 30 à 55 € pour le stylisme ongulaire et 50 à 65 € pour l'épilation à la cire. Un soin n'est jamais rentable dans l'absolu : il l'est au-dessus du coût horaire de votre propre structure.
Quel est le panier moyen en institut de beauté ?
Le panier moyen en institut de beauté était de 75 € en 2024, chiffre repris par Qonto dans son guide publié en janvier 2026. Avec une visite moyenne d'environ 50 minutes, ce panier correspond à environ 90 € de chiffre d'affaires par heure de cabine occupée. C'est ce ratio, et non le panier lui-même, qu'il faut comparer au coût horaire de votre structure.
Quel budget faut-il pour ouvrir un institut de beauté ?
Entre 20 000 et 70 000 € selon l'emplacement, la surface et les prestations, d'après le budget détaillé par Qonto en janvier 2026 : 8 000 à 30 000 € pour le local, 5 000 à 20 000 € de travaux, 5 000 à 15 000 € d'équipement et de matériel, 2 000 à 5 000 € de stock et 1 000 à 3 000 € de frais administratifs. Un concept multi-cabines technologique en centre-ville dépasse largement ce haut de fourchette. Le poste le plus souvent sous-évalué n'est aucun de ceux-là : c'est la trésorerie de démarrage, qu'il faut dimensionner à six mois de charges fixes, pas à trois.
MB
Mehdi Boucheta
Fondateur de BéPé

Mehdi Boucheta est le fondateur de BéPé. Il écrit sur la gestion concrète d'une jeune entreprise — marge, trésorerie, business plan — pour rendre la finance accessible aux créateurs et à ceux qui les accompagnent.

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