B
BéPé.
Business plan & prévisionnel

Seuil de rentabilité : la formule, le calcul et le point mort

Le seuil de rentabilité = charges fixes ÷ taux de marge sur coûts variables. Méthode, exemple chiffré complet et calcul du point mort.

MB
Mehdi Boucheta
· 4 juin 2026· 7 min

Le seuil de rentabilité, c'est le chiffre d'affaires à partir duquel votre activité couvre toutes ses charges, sans plus en perdre ni encore en gagner. Il se calcule en divisant les charges fixes par le taux de marge sur coûts variables — une seule ligne, et pourtant le chiffre le plus structurant d'un business plan.

En dessous de ce seuil, vous travaillez à perte. Au-dessus, chaque euro encaissé alimente le bénéfice. Tout l'enjeu d'un prévisionnel tient dans cette question simple : à quel niveau de ventes l'entreprise cesse-t-elle de brûler de l'argent ?

La distinction qui commande tout : fixe ou variable

Avant la moindre formule, il faut trier ses charges en deux familles. Cette répartition n'est pas un détail comptable, c'est le socle du calcul. Se tromper de colonne, et tout le résultat est faux.

Les charges fixes tombent que vous vendiez ou non. Loyer du local, assurances, abonnements logiciels, salaire du gérant, frais de comptabilité : ces postes existent même un mois sans chiffre d'affaires. On les appelle aussi charges de structure, et c'est exactement ce qu'elles sont — le coût d'exister.

Les charges variables, elles, suivent l'activité. Achats de marchandises, matières premières, commissions versées sur les ventes, frais d'expédition : zéro vente, zéro charge variable. Elles montent et descendent au rythme du carnet de commandes.

Type de chargeComportementExemples
FixeIndépendante du volume venduLoyer, assurance, salaires fixes, abonnements
VariableProportionnelle aux ventesAchats de marchandises, matières, commissions, transport

La frontière n'est pas toujours nette. L'électricité d'un atelier de production grimpe avec les machines en marche : pour partie variable, donc. Le bon réflexe est de raisonner sur la nature dominante du poste plutôt que de chercher une pureté qui n'existe pas dans les comptes réels.

La marge sur coûts variables, le vrai moteur

Une fois les charges variables isolées, on les retranche du chiffre d'affaires. Ce qui reste, c'est la marge sur coûts variables (MCV) : la part de chaque euro de vente disponible pour payer les charges fixes, puis dégager du résultat.

MCV = Chiffre d'affaires − Charges variables

Cette marge, exprimée en pourcentage du chiffre d'affaires, donne le taux de marge sur coûts variables. C'est lui qui entre dans la formule finale.

Taux de MCV = Marge sur coûts variables ÷ Chiffre d'affaires

Un commerce qui réalise 200 000 € de CA avec 80 000 € de charges variables dégage 120 000 € de MCV, soit un taux de 60 %. Concrètement, sur chaque euro encaissé, 60 centimes restent pour couvrir le loyer, les salaires et le reste. Plus ce taux est élevé, plus l'entreprise atteint vite son seuil — c'est l'indicateur qui sépare un négoce à faible marge d'une activité de service à fort levier.

Le taux de MCV est un thermomètre à lui seul. Un restaurant tourne souvent autour de 65-75 %, un négoce de revente plutôt vers 20-30 %. Deux modèles, deux logiques de seuil radicalement différentes — comparer le sien à son secteur évite bien des illusions.

La formule, et seulement elle

Tout se joue ici. Le seuil de rentabilité est le montant de chiffre d'affaires pour lequel la marge sur coûts variables couvre exactement les charges fixes.

Seuil de rentabilité = Charges fixes ÷ Taux de marge sur coûts variables

C'est la formule retenue par Bpifrance Création, et elle ne souffre aucune variante. La logique est limpide : si chaque euro de vente laisse 60 centimes de marge, et qu'il faut 90 000 € pour payer les charges fixes, alors il faut vendre suffisamment pour que ces 60 % cumulés atteignent 90 000 €.

Du seuil au point mort : passer de l'euro au calendrier

Un montant de chiffre d'affaires reste abstrait. Le point mort le rend tangible en le traduisant en temps : c'est la date de l'année où l'entreprise atteint son seuil et bascule dans le vert.

Point mort = (Seuil de rentabilité ÷ Chiffre d'affaires annuel) × 365 jours

Un point mort au 180e jour, c'est fin juin. Au 300e jour, c'est fin octobre, et là le signal d'alarme se déclenche : il ne reste que deux mois pour engranger le moindre bénéfice. Cette lecture calendaire parle à n'importe quel banquier ou associé bien plus qu'une ligne en euros.

Un exemple chiffré, de bout en bout

Exemple chiffré

Atelier de menuiserie sur mesure — prévisionnel année 1

Données de départ :

  • Chiffre d'affaires prévu : 250 000 €
  • Charges variables (bois, quincaillerie, sous-traitance pose) : 100 000 €
  • Charges fixes (loyer atelier, salaire de l'artisan, assurances, comptable) : 90 000 €

Étape 1 — Marge sur coûts variables 250 000 − 100 000 = 150 000 €

Étape 2 — Taux de MCV 150 000 ÷ 250 000 = 0,60, soit 60 %

Étape 3 — Seuil de rentabilité 90 000 ÷ 0,60 = 150 000 €

L'atelier devient rentable dès 150 000 € de chiffre d'affaires. En deçà, il perd de l'argent ; au-delà, chaque euro vendu rapporte 60 centimes de résultat.

Étape 4 — Point mort (150 000 ÷ 250 000) × 365 = 219 jours

Soit aux alentours du 7 août. À partir de cette date, l'atelier travaille pour son bénéfice. Sur les 100 000 € de CA réalisés ensuite (250 000 − 150 000), la marge de 60 % laisse 60 000 € de résultat avant impôt en fin d'exercice.

Cet enchaînement — quatre opérations, pas une de plus — est exactement ce qu'un investisseur cherche à reconstituer en lisant un dossier. S'il ne retrouve pas la cohérence entre marge, charges fixes et seuil, c'est tout le prévisionnel financier qui perd en crédibilité.

Les limites à garder en tête

Le seuil de rentabilité est un outil de cadrage, pas une prophétie. Trois angles morts à garder en tête.

D'abord, il repose sur des hypothèses. Le taux de marge est supposé stable, les charges fixes figées. Dans la vraie vie, une renégociation de loyer ou une hausse du prix des matières déplace le seuil du jour au lendemain. Le chiffre n'est juste que si les hypothèses le sont.

Il ignore aussi la saisonnalité. Un point mort au 219e jour suppose un chiffre d'affaires linéaire sur l'année. Pour un glacier qui réalise 70 % de ses ventes en été, cette moyenne ne veut rien dire : le seuil peut être franchi en quelques semaines de pic, ou jamais si la saison est mauvaise. Aucune activité saisonnière ne respecte le rythme régulier que présuppose le point mort en jours.

Reste le plus traître : seuil de rentabilité n'est pas trésorerie. On peut dépasser son seuil et se retrouver à sec parce que les clients paient à 60 jours quand les fournisseurs exigent le comptant. La rentabilité est une affaire de résultat ; la survie, une affaire de cash. Les deux ne coïncident jamais parfaitement.

Selon Bpifrance, une large part des créateurs sous-estiment leurs charges fixes au démarrage. C'est l'erreur la plus coûteuse : un loyer minoré ou un salaire de dirigeant oublié, et le seuil affiché paraît atteignable… alors qu'il ne l'est pas. Listez les charges fixes sans complaisance, quitte à arrondir vers le haut.

Pourquoi il trône au centre du business plan

Peu d'indicateurs condensent autant d'information en un seul chiffre. Le seuil de rentabilité répond d'un coup à plusieurs questions qu'un porteur de projet ne peut pas éluder : le modèle est-il viable, à partir de quel niveau d'activité, et avec quelle marge de sécurité ?

Il sert aussi d'arbitre lors des décisions de prix. Augmenter le tarif relève le taux de MCV et abaisse mécaniquement le seuil — c'est précisément l'arbitrage que l'on travaille en cherchant à fixer son prix de vente à partir du coût de revient. À l'inverse, accepter une remise commerciale dégrade la marge et repousse la date de rentabilité, parfois plus qu'on ne l'imagine.

Calculez toujours votre seuil dans trois scénarios : pessimiste, réaliste, optimiste. L'écart entre le chiffre d'affaires visé et le seuil de rentabilité, c'est votre marge de sécurité. Plus elle est mince, plus le projet est exposé au premier coup dur — et plus un financeur voudra des garanties.

Maîtriser ce calcul, ce n'est pas remplir une case de plus dans un tableur. C'est se donner le seul repère qui dise, noir sur blanc, à partir de quand le projet tient debout tout seul.

Sources

  1. Calcul du seuil de rentabilité Bpifrance Création, 2024.
  2. Point mort et seuil de rentabilité : de quoi s'agit-il et comment les calculer ? La finance pour tous, 22 mars 2023.
  3. Seuil de rentabilité : définition, charges, calcul et utilité L'Expert-Comptable, 2024.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre seuil de rentabilité et point mort ?
Le seuil de rentabilité est un montant de chiffre d'affaires (en euros). Le point mort est ce même seuil exprimé en temps : le nombre de jours, ou la date dans l'année, où ce chiffre d'affaires est atteint. Deux lectures du même résultat.
Comment calculer le taux de marge sur coûts variables ?
On retranche les charges variables du chiffre d'affaires pour obtenir la marge sur coûts variables, puis on divise cette marge par le chiffre d'affaires. Un CA de 200 000 € avec 80 000 € de charges variables donne une MCV de 120 000 €, soit un taux de 60 %.
Une charge fixe peut-elle devenir variable ?
Oui, par paliers. Un loyer est fixe tant que le local suffit ; le jour où vous louez un second entrepôt pour absorber les ventes, la charge a sauté d'un cran. C'est pour cela que le seuil se recalcule à chaque changement d'échelle.
Le seuil de rentabilité garantit-il un bénéfice ?
Non. Au seuil exact, le résultat est nul : zéro perte, zéro bénéfice. Le profit ne commence qu'au-delà. Et le calcul ignore la trésorerie : on peut être au-dessus du seuil et manquer de cash si les clients paient en retard.
MB
Mehdi Boucheta
Fondateur de BéPé

Mehdi Boucheta est le fondateur de BéPé. Il écrit sur la gestion concrète d'une jeune entreprise — marge, trésorerie, business plan — pour rendre la finance accessible aux créateurs et à ceux qui les accompagnent.

Voir tous ses articles

Passez de la théorie au prévisionnel.

BéPé calcule marge, trésorerie et seuil de rentabilité à votre place — avec un rendu qui rassure un banquier.

Créer mon business plan

À lire ensuite