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Calculer & piloter sa marge

Fixer son prix de vente : la méthode coût de revient + marge

Comment fixer son prix de vente sans se planter : partez du coût de revient complet, appliquez une marge en taux de marque, passez en TTC.

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Mehdi Boucheta
· 4 juin 2026· 8 min

Un prix de vente se construit, il ne se devine pas. La règle tient en une phrase : on part du coût de revient complet du produit ou de la prestation, on y ajoute une marge cible exprimée en taux de marque, et on obtient le prix HT — auquel s'ajoute la TVA pour le prix TTC affiché. Tout le reste — s'aligner sur le concurrent, arrondir « au feeling », copier le tarif aperçu sur un site — revient à confier sa rentabilité au hasard.

C'est l'erreur la plus fréquente chez les créateurs : fixer le prix avant de connaître le coût. On regarde ce que fait le voisin, on retire 10 % pour « être attractif », et on découvre six mois plus tard que chaque vente appauvrit l'entreprise. Le prix du marché vous dit ce que les clients acceptent de payer ; il ne vous dit rien sur ce que vous, avec votre structure de coûts, pouvez vous permettre.

Trois approches, un seul point de départ

Bpifrance Création ramène la fixation d'un prix à plusieurs analyses complémentaires : la demande, la concurrence, les coûts et le positionnement. Ramenées à l'essentiel, ce sont trois logiques.

Par les coûts. On additionne tout ce que coûte la mise sur le marché d'une unité, et on ajoute la marge nécessaire pour vivre et investir. C'est la seule méthode qui garantit que vous ne vendez pas à perte.

Par la valeur et le marché. On fixe le prix en fonction de ce que le client est prêt à payer, indépendamment du coût. Un logiciel, un conseil rare, une marque forte se vendent à la valeur — le coût de production peut être marginal.

Par la concurrence. On se cale sur les prix pratiqués dans le secteur : alignement, légèrement en dessous (pénétration), ou au-dessus (écrémage).

Ces trois approches ne s'opposent pas, elles se hiérarchisent. La méthode par les coûts donne le plancher : en dessous, vous perdez mécaniquement de l'argent. La valeur et la concurrence donnent le plafond : au-dessus, le marché vous abandonne. Votre prix vit entre ces deux bornes. Et on commence toujours par le plancher, parce que c'est le seul chiffre que vous maîtrisez à 100 %.

Démarrer par le prix du concurrent, c'est hériter de sa structure de coûts — son loyer, ses volumes d'achat, sa productivité — qui n'a rien à voir avec la vôtre. Deux entreprises peuvent afficher le même prix : l'une gagne de l'argent, l'autre se vide.

Le coût de revient complet : tout, vraiment tout

Le coût de revient, c'est la somme de tous les coûts supportés pour produire et vendre une unité, de la fabrication à la distribution. La nuance qui fait basculer un dossier dans le rouge : il ne se limite pas aux coûts directs.

Les coûts directs sont rattachables sans ambiguïté à un produit : matières premières, marchandises achetées, main-d'œuvre de production, sous-traitance, emballage, livraison. Ils varient généralement avec les volumes.

Les coûts indirects (ou coûts fixes) sont nécessaires à l'activité mais ne se rattachent pas à une vente précise : loyer, assurances, énergie, salaires administratifs, comptable, abonnements logiciels, communication. Ils tombent chaque mois, que vous vendiez 10 ou 1 000 unités.

Type de coûtExemplesComportement
Coûts directs / variablesMatières, marchandises, main-d'œuvre de production, portAugmentent avec les ventes
Coûts indirects / fixesLoyer, assurances, compta, énergie, communicationIndépendants du volume

L'erreur classique consiste à fixer le prix sur les seuls coûts directs — « ça me coûte 8 € à fabriquer, je vends 15 » — en oubliant que le loyer et l'assurance doivent eux aussi être payés par chaque vente. Le coût de revient complet répartit ces charges fixes sur le volume prévisionnel. Si vous tablez sur 5 000 unités vendues et 40 000 € de charges fixes annuelles, chaque unité doit absorber 8 € de coûts fixes. C'est exactement le raisonnement qui sous-tend le seuil de rentabilité : le point où la marge dégagée couvre enfin l'intégralité des charges fixes.

Appliquer la marge : pensez en taux de marque

Une fois le coût de revient connu, on applique la marge. Et c'est là que tombent les débutants : ils prennent un coût de 50 € et appliquent « 40 % de marge » en faisant 50 × 1,40 = 70 €. Faux — ou plutôt, ça ne donne pas ce qu'ils croient.

Le piège vient de la confusion entre deux indicateurs. Le taux de marge se calcule sur le coût d'achat. Le taux de marque se calcule sur le prix de vente HT. Pour fixer un prix à partir d'un objectif de rentabilité commerciale, c'est le taux de marque qui compte, parce que c'est lui qui mesure la part de marge dans ce que paie le client. On l'a détaillé dans taux de marge vs taux de marque.

La formule pour remonter du coût au prix HT avec un taux de marque cible :

Prix HT = coût de revient ÷ (1 − taux de marque)

Reprenons un produit acheté 50 € HT, pour un taux de marque visé de 40 % :

50 ÷ (1 − 0,40) = 50 ÷ 0,60 = 83,33 € HT

À 83,33 €, la marge est de 33,33 €, soit bien 40 % du prix de vente. La méthode « ×1,40 » aurait donné 70 €, soit seulement 28,6 % de taux de marque — près de douze points de rentabilité évaporés sur chaque vente. Dans le commerce et la restauration, on traduit souvent cette logique en coefficient multiplicateur, qui intègre d'un coup la marge et la TVA.

Du HT au TTC : la TVA n'est pas votre marge

Le prix se construit toujours en HT. La TVA s'ajoute ensuite pour donner le prix TTC, celui que paie le consommateur final — mais elle ne vous appartient pas : vous la collectez pour l'État.

Quatre taux coexistent en France (source : economie.gouv.fr) :

TauxApplication principale
20 %Taux normal, par défaut sur la plupart des biens et services
10 %Restauration sur place, plats à emporter, certains travaux
5,5 %Produits alimentaires de première nécessité, livres, énergie
2,1 %Médicaments remboursés, presse

Prix TTC = Prix HT × (1 + taux de TVA)

Le réflexe à garder : en B2C, le client raisonne sur le TTC, donc c'est sur ce montant que vous calez le prix psychologique. En B2B, le client récupère la TVA, le HT est la vraie référence. Et surtout, ne confondez jamais la TVA collectée avec un revenu — c'est une recette de trésorerie qui repartira au Trésor public.

Le prix psychologique et le coût de la sous-tarification

À 83,33 € HT, soit 99,99 € TTC à 20 %, vous touchez un seuil psychologique. Afficher 99 € plutôt que 102 € change la perception sans entamer significativement la marge. Inversement, descendre sous une barre symbolique « pour vendre plus » détruit souvent plus de marge que de volume gagné.

C'est le vrai danger : sous-tarifer. Un prix trop bas n'est pas un avantage concurrentiel durable pour une TPE. Il rogne la marge qui finance vos charges fixes, signale au client une offre de moindre qualité, et vous entraîne dans une guerre des prix que vous perdrez face à des acteurs au volume supérieur. Le bon réflexe n'est pas de baisser le prix, mais de justifier sa valeur.

Exemple chiffré

Produit — un savon artisanal Matières + emballage (coûts directs) : 2,80 € Quote-part charges fixes (répartie sur le volume) : 1,20 € Coût de revient complet : 4,00 € Taux de marque cible : 55 % → Prix HT = 4,00 ÷ (1 − 0,55) = 8,89 € HT TVA 20 % → 8,89 × 1,20 = 10,66 € → arrondi psychologique : 10,90 € TTC

Prestation — une journée de conseil Le freelance ne facture pas 218 jours/an mais 130-150 jours réellement vendables (prospection, admin, formation). Pour un revenu net visé et des charges, on cible un coût de revient « jour » de 380 €. Taux de marque cible : 35 % → TJM HT = 380 ÷ (1 − 0,35) = 585 € HT/jour

La prestation mérite qu'on insiste. Le piège est de diviser le salaire visé par 218 jours : on obtient un tarif qui ne couvre ni les jours non facturés, ni les cotisations sociales, ni le plafond micro-entreprise de 77 700 € de chiffre d'affaires pour les prestations de services. Le coût de revient d'un indépendant se calcule toujours sur les jours réellement facturables — sinon le « bon tarif » apparent débouche sur un revenu de misère.

La méthode en un fil

Le prix se construit de bas en haut : coût de revient complet → marge en taux de marque → HT → TVA → TTC → arrondi psychologique. Ce prix-plancher, vous le confrontez ensuite au marché et à la valeur perçue pour le pousser vers le haut, jamais à l'aveugle vers le bas. Un prix juste n'est pas le plus bas : c'est celui qui couvre tous vos coûts, dégage la marge nécessaire pour durer, et que le client accepte parce qu'il en perçoit la valeur. Recopier le voisin ou brader pour rassurer, ça se paie toujours — et c'est l'entreprise qui règle l'addition.

Sources

  1. Comment fixer ses prix dans un projet de création d'entreprise ? Bpifrance Création, 2025.
  2. Le taux de marque : définition et calcul Le Coin des Entrepreneurs, 2025.
  3. TVA : quels sont les taux de votre quotidien ? economie.gouv.fr, 2026.

Questions fréquentes

Faut-il fixer son prix sur le coût ou sur la concurrence ?
Les deux, mais dans cet ordre : le coût de revient complet vous donne votre prix plancher (en dessous, vous perdez de l'argent), puis vous regardez la concurrence et la valeur perçue pour ajuster vers le haut. Partir uniquement du prix du voisin, c'est hériter de sa structure de coûts, qui n'est pas la vôtre.
Quelle différence entre taux de marge et taux de marque pour fixer un prix ?
Le taux de marge se calcule sur le coût d'achat, le taux de marque sur le prix de vente HT. Pour fixer un prix à partir d'un objectif de marge, le taux de marque est plus pratique : Prix HT = coût ÷ (1 − taux de marque). Confondre les deux fait perdre plusieurs points de rentabilité.
Le prix de vente est-il HT ou TTC ?
On construit toujours le prix en HT (coût + marge), puis on applique la TVA pour obtenir le TTC affiché au client final. En B2C, raisonnez le prix psychologique sur le TTC ; en B2B, le HT est la référence puisque le client récupère la TVA.
Pourquoi est-ce dangereux de fixer un prix trop bas ?
Un prix bas n'est pas un argument durable : il rogne la marge qui finance vos charges fixes, dévalorise l'offre dans l'esprit du client, et déclenche une guerre des prix que la TPE perd presque toujours face à de plus gros volumes. Mieux vaut justifier un prix qu'éroder une marge.
MB
Mehdi Boucheta
Fondateur de BéPé

Mehdi Boucheta est le fondateur de BéPé. Il écrit sur la gestion concrète d'une jeune entreprise — marge, trésorerie, business plan — pour rendre la finance accessible aux créateurs et à ceux qui les accompagnent.

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