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BéPé.
Trésorerie & BFR

Plan de trésorerie prévisionnel : modèle, méthode et exemple chiffré

Construire un plan de trésorerie prévisionnel mois par mois, en TTC, pour repérer les trous de trésorerie avant qu'ils n'arrivent. Modèle inclus.

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Mehdi Boucheta
· 4 juin 2026· 8 min

Le plan de trésorerie prévisionnel est un tableau mensuel qui aligne tout ce qui entre et tout ce qui sort de votre compte bancaire, en TTC, mois par mois, avec un solde de début et de fin de mois. Son seul but : vous montrer, avant que ça n'arrive, le mois où la caisse passera dans le rouge.

C'est l'outil le plus utile et le plus négligé du prévisionnel financier. Bpifrance Création le rappelle sans détour : la plupart des disparitions d'entreprises récemment créées sont le fait de problèmes de trésorerie, pas de manque de rentabilité. On peut vendre, marger, et quand même déposer le bilan parce que l'argent n'est pas là au moment où il faut payer l'URSSAF ou le fournisseur.

Ce qu'est un plan de trésorerie (et ce qu'il n'est pas)

Concrètement, c'est une grille. En colonnes, les mois. En lignes, vos flux : d'un côté les encaissements (ce qui rentre), de l'autre les décaissements (ce qui sort). À chaque mois, on calcule le solde de fin de mois, qui devient le solde de début du mois suivant. Ce chaînage donne le solde cumulé, et c'est lui qui compte.

La règle d'or tient en une phrase : chaque opération s'inscrit dans le mois où elle est réellement payée, jamais au mois où elle est facturée. Une vente conclue en janvier mais réglée à 30 jours apparaît en février. Un loyer prélevé le 5 apparaît au mois du prélèvement. Cette logique d'encaissement-décaissement est ce qui distingue radicalement le plan de trésorerie des autres tableaux du business plan.

Le plan de trésorerie ne dit pas si vous gagnez de l'argent. Il dit si vous en avez. Deux questions différentes, deux tableaux différents.

Pourquoi en TTC et pas en HT

C'est le point qui déroute le plus les créateurs, alors prenons-le de front. Votre compte bancaire ne connaît pas le hors-taxes. Quand un client vous règle une facture de 1 200 € TTC, ce sont 1 200 € qui arrivent sur le compte. Les 200 € de TVA collectée sont à vous le temps d'un cycle, jusqu'à ce que vous les reversiez à l'État. Pendant ce laps de temps, ils participent à votre trésorerie disponible.

C'est pourquoi le plan de trésorerie s'écrit en TTC : il correspond, dit la CCI, aux montants réellement encaissés ou décaissés. Le compte de résultat, lui, ignore la TVA parce qu'elle ne vous appartient pas économiquement — il raisonne en HT. Le même euro ne se compte donc pas pareil selon le tableau où vous l'inscrivez.

La TVA mérite ses propres lignes dans le tableau. On y porte la TVA collectée (sur les ventes), la TVA déductible (sur les achats et investissements), et surtout le décaissement de TVA, c'est-à-dire le chèque net que vous envoyez au Trésor public chaque mois ou trimestre. Beaucoup de prévisionnels oublient cette dernière ligne et se retrouvent avec une trésorerie qui paraît confortable jusqu'à l'échéance de TVA, où tout se dégonfle d'un coup.

Oublier la ligne de reversement de TVA est l'erreur classique. L'argent que vous voyez sur le compte n'est pas tout à vous : une partie repartira. Modélisez l'échéance, sinon votre solde cumulé ment.

Construire le tableau, ligne à ligne

La construction est mécanique une fois qu'on a la trame. Voici l'ossature que retiennent Bpifrance Création et la CCI.

Le solde de début de mois. C'est votre point de départ : la trésorerie disponible au 1er du mois. Le premier mois, c'est souvent l'apport en capital plus l'emprunt débloqué.

Les encaissements. Le chiffre d'affaires encaissé (TTC, au mois du règlement effectif), mais aussi tout le reste : apports en capital ou en compte courant, déblocage d'emprunt, subventions, remboursement de crédit de TVA. Tout ce qui crédite le compte.

Les décaissements. Les achats et charges externes (TTC), les salaires nets, les charges sociales — qui tombent avec un trimestre de décalage pour un indépendant et il faut le caler précisément —, les impôts et taxes, le remboursement du capital des emprunts, les investissements payés, et le reversement de TVA.

Le solde du mois = encaissements − décaissements. Le solde de fin de mois = solde de début + solde du mois. On le reporte en début de mois suivant, et le cumul se construit tout seul.

Le réflexe qui change tout

Avant de remplir une seule case, posez-vous pour chaque ligne : « ce montant tombe quel mois, exactement ? » Un acompte fournisseur de 40 % à la commande et 60 % à la livraison, ce sont deux décaissements à deux mois différents. C'est ce niveau de granularité qui rend le plan utile. Un tableau lissé au douzième ne sert à rien : il efface précisément les pics qu'on cherche à repérer.

Repérer le trou : le solde cumulé en action

Voici un exemple sur les quatre premiers mois d'un commerce, avec un apport de départ de 15 000 € et un démarrage classique : on investit et on stocke avant que les ventes ne montent.

En € TTCMois 1Mois 2Mois 3Mois 4
Solde début de mois15 0007 6001 200−2 700
Encaissements ventes4 8007 2009 60012 000
Total encaissements4 8007 2009 60012 000
Achats / stock6 0006 0005 4004 800
Salaires + charges3 2003 2003 2003 200
Loyer + frais1 8001 8001 8001 800
Investissements1 200
Reversement TVA2 6003 1003 400
Total décaissements12 20013 60013 50013 200
Solde du mois−7 400−6 400−3 900−1 200
Solde fin de mois (cumulé)7 6001 200−2 700−3 900

Lisez la dernière ligne, et seulement elle dans un premier temps. Le solde cumulé glisse de 15 000 € à 7 600, puis 1 200, puis bascule à −2 700 € au mois 3. C'est là, et nulle part ailleurs, que le compte sera à découvert. L'activité n'est pas mauvaise — les encaissements montent franchement de mois en mois — mais le décalage entre les dépenses immédiates (stock, investissement, charges fixes) et la montée des ventes creuse un trou de trésorerie au troisième mois.

Sans ce tableau, le dirigeant le découvrirait le jour du rejet de prélèvement. Avec, il le voit deux mois à l'avance. C'est toute la valeur du prévisionnel financier : transformer une mauvaise surprise en décision anticipée.

Plan de trésorerie ou compte de résultat ?

La confusion entre les deux coûte cher, alors fixons-la. Le compte de résultat répond à « est-ce que je gagne de l'argent ? » en confrontant produits et charges en HT, selon le principe des droits constatés : une vente y figure dès qu'elle est facturée, qu'elle soit payée ou non. Le plan de trésorerie répond à « est-ce que j'ai l'argent ? » en suivant les flux en TTC, à la date réelle de chaque mouvement.

Dans l'exemple ci-dessus, le compte de résultat pourrait afficher un résultat à l'équilibre, voire positif, sur la même période. Et pourtant la trésorerie plonge. La rentabilité et la solvabilité immédiate sont deux dimensions distinctes — un projet sérieux modélise les deux. Ce qui creuse l'écart, ce sont les délais : ce mécanisme porte un nom, le BFR, et il explique à lui seul la plupart des trous de trésorerie des premiers mois.

Anticiper et négocier avec son plan

Un plan de trésorerie n'a d'intérêt que si on s'en sert pour agir. Une fois le mois critique identifié, plusieurs leviers s'ouvrent, et tous sont plus efficaces avant le trou qu'au moment où il se forme.

Sur les délais, on négocie un échéancier fournisseur plus long, on demande un acompte client, on raccourcit ses propres délais d'encaissement. Pour le financement, on calibre une facilité de caisse ou un découvert autorisé à hauteur du point bas — et un banquier accorde toujours plus facilement une ligne à un dirigeant qui arrive avec un tableau chiffré qu'à celui qui appelle en urgence le jour du rejet. Quant aux investissements, un achat non vital se décale ou s'étale sans drame pour passer le creux.

C'est aussi le document qui crédibilise une demande de financement. Présenter un plan de trésorerie mois par mois qui montre le point bas, son montant et la solution prévue, c'est prouver qu'on pilote. Pour la mise en œuvre au quotidien, voyez comment gérer sa trésorerie une fois l'activité lancée — le prévisionnel n'est que le point de départ.

Ne rangez pas le plan de trésorerie après le business plan. Actualisez-le chaque mois avec les chiffres réels et reprojetez les mois suivants. Un plan figé devient faux en quelques semaines ; un plan vivant reste votre meilleur système d'alerte.

Construit en TTC, alimenté ligne à ligne, relu par son solde cumulé : voilà ce qui sépare un tableau décoratif d'un vrai outil de pilotage. Montez-le dès le début du projet, soignez le détail des dates, et laissez-le tourner toute l'année plutôt que de l'archiver avec le business plan.

Sources

  1. Le plan de trésorerie dans un projet de création d'entreprise Bpifrance Création, 2024.
  2. Le plan de trésorerie CCI Business Builder, 2021.
  3. Le prévisionnel de trésorerie : comment le réaliser ? L-Expert-Comptable.com, 2026.

Questions fréquentes

Plan de trésorerie en HT ou en TTC ?
En TTC. Le plan de trésorerie suit ce qui entre et sort réellement du compte bancaire. Quand un client vous règle 1 200 € TTC, c'est bien 1 200 € qui arrivent, même si 200 € de TVA repartiront ensuite vers l'État. Le HT, lui, sert au compte de résultat.
Quelle est la différence entre plan de trésorerie et compte de résultat ?
Le compte de résultat raisonne en droits constatés (HT) : il mesure si l'activité dégage un bénéfice. Le plan de trésorerie raisonne en flux (TTC) : il mesure si vous avez l'argent disponible au bon moment. Une entreprise rentable peut tomber à court de liquidités à cause des décalages de paiement.
Sur combien de mois faire un plan de trésorerie prévisionnel ?
Douze mois au minimum pour un business plan, mois par mois sur la première année. Au-delà, beaucoup de dirigeants tiennent un plan glissant sur trois mois actualisé chaque semaine pour piloter au quotidien.
Que faire si le solde cumulé devient négatif un mois ?
Vous l'avez vu venir : c'est tout l'intérêt. Vous pouvez décaler un investissement, négocier un délai fournisseur, accélérer une facturation, mobiliser une facilité de caisse ou un découvert autorisé avant que le trou ne se forme.
MB
Mehdi Boucheta
Fondateur de BéPé

Mehdi Boucheta est le fondateur de BéPé. Il écrit sur la gestion concrète d'une jeune entreprise — marge, trésorerie, business plan — pour rendre la finance accessible aux créateurs et à ceux qui les accompagnent.

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