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Business plan & prévisionnel

Chiffre d'affaires d'un restaurant : combien pour 30, 50 ou 80 couverts ?

CA = couverts servis × ticket moyen. Un 50 couverts pèse 259 000 à 512 000 € HT selon les hypothèses : méthode, benchmarks sourcés et trois cas chiffrés.

MB
Mehdi Boucheta
· 3 septembre 2026· 13 min

Le chiffre d'affaires d'un restaurant se calcule d'une seule façon : couverts servis × ticket moyen. Une salle de 30 places ouverte midi et soir cinq jours sur sept produit de l'ordre de 195 000 € HT par an, une brasserie de 50 places ouverte six jours sur sept environ 425 000 € HT, et une salle de 80 places qui enchaîne deux services le soir dépasse le million. Ces trois nombres sortent du même calcul. Ce sont les hypothèses, pas la formule, qui séparent un prévisionnel financé d'un prévisionnel renvoyé à son auteur.

Le problème, c'est que la formule paraît si simple qu'on la remplit en trois minutes avec des chiffres ronds et flatteurs. Ticket moyen à 35 €, remplissage à 90 %, deux services, sept jours sur sept : la même salle de 50 places d'un restaurant affiche 1,1 million d'euros de recettes sur le papier, soit plus du double de ce qu'elle produira. Le banquier, lui, connaît les fourchettes du secteur. Il divise mentalement par deux et vous demande d'où sortent vos couverts.

La formule, et le piège qu'elle contient

L'Hôtellerie-Restauration donne la version de référence : nombre de jours d'ouverture × nombre de couverts (la capacité de la salle) × prix moyen × taux de remplissage × nombre de services. Son exemple de contrôle : 50 places, 235 jours d'ouverture, 2 services, 20 € HT de ticket, 60 % de remplissage, soit 282 000 € de chiffre d'affaires annuel.

Cinq variables, dont quatre se vérifient. Les jours d'ouverture se comptent : cinq jours sur sept avec cinq semaines de fermeture donnent 235 jours, six jours sur sept en donnent 282. Le nombre de services se décide, et FIDUCIAL rappelle que 80 % des restaurants ouvrent midi et soir, 20 % le midi seul. La capacité se compte, en places assises réellement exploitables, terrasse incluse si elle sert une bonne partie de l'année. Le ticket moyen se relève chez les concurrents, carte en main. Reste le taux de remplissage, et c'est là que tout se joue.

Le mensonge le plus fréquent des prévisionnels de restaurant

Le ticket moyen se relève en TTC — c'est ce que le client paie —, mais un compte de résultat s'écrit en HT. La TVA est de 10 % sur les ventes à consommer sur place et de 20 % sur les boissons alcooliques (BOFiP, BOI-TVA-LIQ-30-20-10-20). Un restaurant qui réalise un cinquième de son chiffre en alcool divise donc son TTC par environ 1,12 pour obtenir son HT. Reporter un ticket TTC dans un prévisionnel HT gonfle le chiffre d'affaires de 11 à 12 %, améliore artificiellement le food cost et rapproche le point mort d'autant. C'est l'erreur qui disqualifie le plus vite un dossier.

Rotation ou remplissage : ne comptez pas deux fois

Deuxième piège, plus discret. Beaucoup de porteurs de projet multiplient la capacité par un taux de rotation et par un taux de remplissage, en croyant affiner. Ils comptent deux fois le même phénomène et sortent des couverts qui n'existent pas.

Tenez-vous-en à une définition et une seule. Le taux de remplissage d'un service, c'est le nombre de couverts servis pendant ce service rapporté à la capacité de la salle. Un service qui tourne deux fois affiche un remplissage supérieur à 100 % — ce n'est pas une anomalie, c'est un double service. La rotation quotidienne, elle, n'est que la somme des remplissages de la journée. Comptez donc service par service, additionnez, et vous obtenez les couverts servis par jour sans jamais multiplier deux ratios qui disent la même chose.

Les repères de ticket moyen en 2024-2025

Les ordres de grandeur circulent beaucoup et se contredisent, pour une raison simple : les périmètres diffèrent. Un ticket moyen « tous services confondus » n'est pas un ticket moyen du soir, et une moyenne calculée sur un panel d'indépendants n'est pas une moyenne de marché.

SegmentTicket moyen TTCRemplissage moyen par serviceMillésime
Restauration rapide19 €84 %exercice 2024, FIDUCIAL
Restauration traditionnelle35 €58 %exercice 2024, FIDUCIAL
Restauration commerciale, déjeuner23 €—4e trim. 2024, GHR
Restauration commerciale, dîner29,50 €—4e trim. 2024, GHR
Semi-gastronomique49 €42 %2019, AURA Tourisme

L'écart midi-soir mesuré par l'observatoire GHR au quatrième trimestre 2024 — 23 € contre 29,50 € — est le chiffre le plus utile de ce tableau. Il vaut environ 30 % de ticket en plus le soir, essentiellement porté par les boissons et les entrées-desserts. Un prévisionnel qui applique le même ticket aux deux services se trompe des deux côtés : il surestime le midi et sous-estime le soir, et rend impossible tout arbitrage sur les horaires d'ouverture.

Comptez le plat du jour comme votre plancher de ticket midi. FIDUCIAL le situe à 18,72 € TTC en restauration traditionnelle et 12,86 € en restauration rapide sur l'exercice 2024. Un ticket moyen midi annoncé sous le prix du plat du jour de votre quartier ne tient pas debout.

Le taux de remplissage honnête : 58 %, pas 100 %

58 %
taux de remplissage moyen par service d'une salle de restauration traditionnelle
Source : Observatoire FIDUCIAL de la restauration 2025, exercice 2024

Le chiffre est mesuré sur les 400 points de vente installés que suit FIDUCIAL, pas sur des créations. Et il recule. D'une édition à l'autre de l'observatoire, le remplissage des traditionnels passe de 60 à 58 %, celui de la restauration rapide de 94 à 84 % — un espacement des visites que FIDUCIAL relie à la baisse de fréquentation. Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme, à partir de données 2019 antérieures à la crise sanitaire, relevait 74 % en traditionnel, 68 % en restauration à thème et 42 % en semi-gastronomique.

Retenez la logique plutôt que le nombre : plus le ticket monte, plus le remplissage baisse. Une table gastronomique remplit 4 couverts sur 10 et gagne sa vie ; un comptoir de restauration rapide en remplit 8 sur 10 et a besoin de les remplir. Aligner un ticket de 35 € sur un remplissage de 85 % revient à additionner les avantages de deux modèles économiques incompatibles.

Une création part plus bas encore, et cette montée en charge doit apparaître mois par mois dans le prévisionnel financier. Aucune statistique nationale ne fixe le remplissage d'une première année : la seule méthode fiable consiste à aller compter les couverts chez les trois concurrents les plus proches, un mardi midi et un samedi soir, et à se comparer honnêtement.

Trois salles, trois chiffres d'affaires

30, 50 et 80 couverts : le calcul complet

Traditionnel de quartier — 30 places, midi et soir, 5 jours sur 7 (235 jours)

  • Midi : 65 % de remplissage → 19,5 couverts × 23 € TTC = 448,50 €
  • Soir : 50 % de remplissage → 15 couverts × 32 € TTC = 480 €
  • 34,5 couverts par jour, soit 8 100 couverts par an
  • CA = 928,50 € × 235 = 218 200 € TTC, soit ≈ 195 000 € HT (6 500 € par place)

Brasserie — 50 places, midi et soir, 6 jours sur 7 (282 jours)

  • Midi : 75 % de remplissage → 37,5 couverts × 23 € TTC = 862,50 €
  • Soir : 55 % de remplissage → 27,5 couverts × 30 € TTC = 825 €
  • 65 couverts par jour, soit 18 330 couverts par an
  • CA = 1 687,50 € × 282 = 475 900 € TTC, soit ≈ 425 000 € HT (8 500 € par place)

Grande salle avec double service le soir — 80 places, 6 jours sur 7 (282 jours)

  • Midi : 70 % de remplissage → 56 couverts × 24 € TTC = 1 344 €
  • Soir : deux services, 110 % cumulés → 88 couverts × 33 € TTC = 2 904 €
  • 144 couverts par jour, soit 40 600 couverts par an
  • CA = 4 248 € × 282 = 1 197 900 € TTC, soit ≈ 1 070 000 € HT (13 375 € par place)

Le troisième scénario mérite un avertissement. Le double service du soir n'est pas une hypothèse, c'est une organisation : réservations à horaires imposés, carte resserrée, cuisine dimensionnée pour deux coups de feu, salle redressée en vingt minutes. Si cette mécanique n'apparaît nulle part ailleurs que dans la ligne de recettes, la promesse ne tient pas. À titre de contrôle, l'observatoire FIDUCIAL 2025 situe à 1 016 988 € les produits d'exploitation moyens des traditionnels à l'impôt sur les sociétés dépassant 350 000 € de chiffre d'affaires, soit 38 % de son panel imposé à l'IS : un million d'euros pour une grande salle qui tourne bien, c'est le haut du secteur, pas une anomalie.

Ce que produit une salle, place par place

Le tableau ci-dessous encadre le chiffre d'affaires annuel par capacité, avec deux jeux d'hypothèses explicites. Le scénario prudent retient 235 jours d'ouverture, 55 % de remplissage le midi à 22 € TTC et 45 % le soir à 28 €. Le scénario ambitieux retient 282 jours, 80 % le midi à 24 € et 65 % le soir à 33 €. Tout est converti en HT.

CapacitéCouverts/jour (prudent → ambitieux)CA HT prudentCA HT ambitieux
20 places20 → 29104 000 €205 000 €
30 places30 → 44155 000 €307 000 €
40 places40 → 58207 000 €409 000 €
50 places50 → 73259 000 €512 000 €
60 places60 → 87311 000 €614 000 €
80 places80 → 116415 000 €819 000 €

Le rapport entre les deux colonnes est de 1,97× à capacité identique. Autrement dit, la salle ne détermine que la moitié du chiffre d'affaires ; l'autre moitié se joue sur les jours d'ouverture, le nombre de services et le ticket. C'est la raison pour laquelle deux restaurants voisins de même taille affichent des recettes du simple au double, et pourquoi un budget d'ouverture calibré sur la capacité seule ne prouve rien.

Pour situer ces montants : l'Insee recensait 171 356 entreprises de restauration en 2021 pour 45,9 milliards d'euros de chiffre d'affaires HT et 446 706 salariés en équivalent temps plein, soit 268 000 € et 2,6 ETP par entreprise — sur un exercice encore amputé par les fermetures administratives du premier semestre. La restauration française est un secteur de très petites unités : un prévisionnel qui annonce 900 000 € dès l'année 1 se place d'emblée dans le dernier décile, et devra le justifier ligne à ligne.

Trois ratios de contrôle avant d'envoyer le dossier

Une fois le chiffre d'affaires posé, trois divisions suffisent à repérer une hypothèse qui a dérapé.

Le CA par place. Les scénarios ci-dessus tournent entre 5 200 et 10 200 € HT par place et par an, et grimpent vers 13 000 € seulement avec un double service. Au-delà de 12 000 € par place sans double service organisé, il y a un couvert fantôme quelque part.

Le CA par mètre carré. Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme retient 2 à 3 m² par place en restauration traditionnelle, cuisine, réserves et annexes comprises — une surface totale de 200 m² accueille environ 80 personnes dans une salle d'une centaine de mètres carrés. Rapporté à la surface totale, cela place la brasserie de 50 places autour de 3 400 € HT par m² et la salle de 80 places à double service vers 5 350 €.

Le CA par personne. Le même document mesure 71 213 € de chiffre d'affaires par personne employée en restauration traditionnelle, sur les comptes 2019 des établissements d'Auvergne-Rhône-Alpes. À ce ratio, les 425 000 € de la brasserie financent six personnes à plein temps, dirigeant compris. Si votre organigramme en aligne neuf, l'un des deux chiffres est faux — et ce n'est en général pas l'organigramme. Ce contrôle croise directement le prime cost et les ratios de gestion que la banque regardera ensuite.

Pourquoi le banquier stress-teste votre CA à −30 %

Parce que la structure de coûts d'un restaurant transforme une petite baisse de recettes en gros trou. Reprenons la brasserie de 50 places à 425 000 € HT, avec les ratios que FIDUCIAL relève sur l'exercice 2024 chez les traditionnels dépassant 350 000 € de chiffre d'affaires : 30 % de matières, 35 % de masse salariale chargée, 6 % de loyer, 15 % d'autres charges externes, 2 % d'impôts et taxes, 4 % d'amortissements. La masse salariale est prise au bas de la fourchette : le panel monte à 38 % à l'IS.

Seules les matières varient vraiment avec l'activité, soit 70 % de marge sur coûts variables. Les charges fixes s'élèvent à 263 500 €. Le seuil de rentabilité ressort donc à 376 000 € HT : l'établissement gagne 34 000 € au chiffre d'affaires prévu, mais sa marge de sécurité n'est que de 11,5 %. Une saison pluvieuse, un chantier devant la terrasse, et il passe sous l'eau.

Ramenez maintenant le chiffre d'affaires à 297 500 €, soit −30 %. La marge sur coûts variables tombe à 208 250 € pour 263 500 € de charges fixes : 55 250 € de perte annuelle. Une partie de la masse salariale s'ajuste — les extras, pas le CDI du chef — ce qui adoucit le choc sans le supprimer. Voilà ce que teste le banquier : non pas si votre scénario est séduisant, mais combien de points de chiffre d'affaires vous pouvez perdre avant de ne plus rembourser. Un business plan de restaurant qui présente lui-même ses trois colonnes passe devant celui qui n'en montre qu'une.

Douze mois, jamais une moyenne annuelle

Un chiffre d'affaires annuel divisé par douze ne décrit aucun restaurant réel. L'été 2024 le montre bien : l'observatoire GHR mesure une restauration commerciale à −4 % de chiffre d'affaires en juin sur un an, +2 % en juillet, 0 % en août, soit −2 % sur la saison. Ces nombres comparent chaque mois au même mois de 2023 : ils ne dessinent pas la courbe de la saison, ils mesurent son imprévisibilité. La haute saison sur laquelle reposaient les budgets n'est pas venue. Sur l'année entière, la profession a enchaîné quatre trimestres consécutifs de recul de fréquentation, la hausse des prix de 2 % ayant seule tenu les recettes.

Construisez donc douze lignes, pas une. La saisonnalité ne change pas le total annuel, elle décide de votre trésorerie : c'est en février, pas en juillet, qu'un restaurant meurt. Et si votre concept repose sur une terrasse, chiffrez la part de recettes qu'elle porte avant que le banquier ne pose la question.

Sources

  1. Fiche secteur 561 — Restaurants et services de restauration mobile (fiches sectorielles) — Insee, 2021.
  2. Observatoire GHR — bilan année 2024 — GHR (Groupement des Hôtelleries & Restaurations de France), 2025.
  3. L'observatoire FIDUCIAL de la restauration 2025 — FIDUCIAL, 2025.
  4. Restauration — des clés pour agir : ratios et chiffres clés du secteur — Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme, 2021.
  5. Business plan : estimer le chiffre d'affaires d'un restaurant — L'Hôtellerie-Restauration, 2023.
  6. TVA — Taux réduits — Ventes à consommer sur place (BOI-TVA-LIQ-30-20-10-20) — BOFiP, impots.gouv.fr, 2014.

Questions fréquentes

Quel chiffre d'affaires pour un restaurant de 50 couverts ?
Entre 259 000 et 512 000 € HT par an selon les hypothèses. Le bas de la fourchette correspond à cinq jours d'ouverture, deux services et un remplissage moyen de 50 % par service ; le haut à six jours, un remplissage de 65 à 80 % et un ticket moyen plus élevé. Un scénario médian de brasserie — 65 couverts servis par jour, 23 € le midi et 30 € le soir en TTC, 282 jours d'ouverture — donne environ 425 000 € HT.
Quel chiffre d'affaires pour un restaurant de 30 couverts ?
Comptez 155 000 à 307 000 € HT par an. Un traditionnel de quartier ouvert midi et soir cinq jours sur sept, avec 65 % de remplissage le midi et 50 % le soir pour des tickets moyens de 23 € et 32 € TTC, sert environ 8 100 couverts par an pour 195 000 € HT. L'ordre de grandeur colle au terrain : sur l'exercice 2024, l'observatoire FIDUCIAL relève 192 879 € de produits d'exploitation moyens chez les traditionnels à l'impôt sur le revenu réalisant moins de 350 000 €, soit la moitié de son panel imposé à l'IR.
Comment calculer le chiffre d'affaires prévisionnel d'un restaurant ?
Capacité de la salle × nombre de services par jour × taux de remplissage par service × jours d'ouverture annuels × ticket moyen. L'Hôtellerie-Restauration illustre la méthode avec 50 places, 235 jours d'ouverture, 2 services, 60 % de remplissage et 20 € HT de ticket : 282 000 € de chiffre d'affaires. Séparez toujours le service du midi de celui du soir, leurs tickets et leurs remplissages n'ont rien à voir.
Quel ticket moyen retenir dans un prévisionnel de restaurant ?
En restauration commerciale, l'observatoire GHR mesure 23 € TTC le midi et 29,50 € le soir au 4e trimestre 2024. L'observatoire FIDUCIAL 2025 donne 35 € TTC tous services confondus en restauration traditionnelle et 19 € en restauration rapide sur l'exercice 2024. Ces montants sont en TTC : convertissez-les en HT avant de les porter au compte de résultat prévisionnel.
Quel taux de remplissage retenir la première année ?
Pas 100 %. FIDUCIAL mesure 58 % de remplissage moyen par service en restauration traditionnelle et 84 % en restauration rapide sur l'exercice 2024, sur des établissements installés. Un prévisionnel de création part plus bas et monte sur six à douze mois. Aucune norme nationale ne fait autorité : le bon réglage se valide en comptant le remplissage réel des concurrents de votre rue, service par service.
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Mehdi Boucheta
Fondateur de BéPé

Mehdi Boucheta est le fondateur de BéPé. Il écrit sur la gestion concrète d'une jeune entreprise — marge, trésorerie, business plan — pour rendre la finance accessible aux créateurs et à ceux qui les accompagnent.

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